A une époque où les notions d’intelligence émotionnelle ou de potentiel émotionnel font florès, le psychologue et chercheur Bernard Rimé nous livre avec la notion de partage social des émotions (PSE) une approche simple et lumineuse sur la dimension émotionnelle au travail.
Cet auteur souligne les fonctions adaptatives du partage social des émotions.
Qu’une relation entre deux partenaires s’inscrive dans un contexte professionnel ou dans le champ des relations personnelles, le constat est le même :
Le partage des émotions entre ces deux partenaires permet de développer chez chacun d’entre eux des métaconnaissances sur l’autre et sur sa réaction, ce qui facilite la coopération ultérieure de ces deux personnes, notamment en situation de crise.
Concrètement, le comportement du partenaire devient plus lisible et plus prévisible, car ces métaconnaissances acquises par le partage des émotions nous livrent les clefs d’un décodage intuitif de ses réactions.
Le partage des émotions produit ainsi un effet de renforcement positif observé dans les interactions.
Rimé définit comme « émotionnellement compétent » un interlocuteur qui possède le bagage contextuel lui permettant de comprendre pourquoi la personne avec qui il interagit a vécu un événement particulier avec telle ou telle émotion.
Comment acquérir ce bagage contextuel ?
D’abord en créant les conditions d’un partage des émotions, puis en adoptant une écoute émotionnelle authentique.

En situation de crise, d’échec ou d’erreur, le partage social des émotions joue également un rôle de feedback et d’ajustement qui va faciliter l’assimilation de cette expérience, et permet une première élaboration cognitive d’un événement perturbant.
Le partage social des émotions permet en effet d’éviter le développement d’une culture de l’occultation, du « chacun pour soi ».

A l’inverse, il peut arriver qu’une entreprise ou un manager cherche à entraver le partage social, soit parce que cela est perçu comme une perte de temps, soit parce que des échanges jugés trop éloignés d’enjeux techniques et productifs sont perçus comme une menace potentielle, entamant le contrôle qu’exerce la hiérarchie.
Un tel comportement est préjudiciable aussi bien sur le plan de l’efficacité que du bien-être dans le travail, ne serait-ce que parce qu’il ne permet pas la capitalisation des apprentissages liés aux erreurs.